La greffe de reins “Réparés” ?
Une solution à la pénurie d’organes, la greffe de reins “Réparés” ?

Les insuffisants rénaux pourraient se trouver confrontés au dilemne suivant : rester dans l’attente d’une greffe jusqu’à la mort ou accepter un organe malade qui aurait été “réparé”.
L’attente d’un rein sain peut aller de 2 à 6 années aux USA et en Australie et atteindre 16 ans au Japon. C’est ainsi que deux chirurgiens ont discrètement pratiqué des greffes rénales à partir de donneurs vivants dont l’un des reins avait dû être retiré à la suite d’un cancer bénin ou pour une autre cause. Les organes ainsi prélevés sont d’abord réparés : on enlève le cancer.
Depuis 1991, une équipe conduite par Makoto Mannami à l’Hôpital Uwajima Tokushukai à Ehime au Japon, a ainsi transplanté 42 reins “réparés” âgés en moyenne de 50 ans. Cinq ans plus tard, 79 % d’entre eux étaient encore en vie.
Depuis 1991, une équipe conduite par Makoto Mannami à l’Hôpital Uwajima Tokushukai à Ehime au Japon, a ainsi transplanté 42 reins “réparés” âgés en moyenne de 50 ans. Cinq ans plus tard, 79 % d’entre eux étaient encore en vie.
En parallèle, une équipe australienne sous la direction de David Nicol à l’Hôpital Princesse Alexandra de Brisbane, a transplanté des reins “réparés” sur 49 patients. Les malades ont été suivis pendant trois ans et demi, période au cours de laquelle 4 d’entre eux sont décédés pour des raisons sans rapport avec la transplantation. Les receveurs avaient tous plus de 60 ans et, selon Nicol, s’ils étaient restés en dialyse en Australie, 10 seraient morts chaque année.
Le président de la Société américaine de Transplantation, Göran Klintmalm a déclaré : “Ces deux groupes de patients montrent qu’il s’agit là d’une vraie possibilité, on peut le faire et on peut le faire en toute sécurité.”
Cependant ces transplantations sont très controversées. Au moment où le gouvernement japonais tentait de se faire une opinion auprès des transplanteurs avant d’autoriser cette technique, Nicol s’est heurté à une très vive réaction de ses confrères américains.
La principale objection étant le risque de récidive du cancer de ces reins “réparés”.
Pour un seul des transplantés japonais décédés, la cause semble être une récidive du cancer et est probable chez l’un des Australiens transplantés depuis plus de 9 ans : son état est suivi de très près.
Ces greffes posent aussi la question de savoir s’il est pertinent de faire l’ablation d’un rein atteint d’une forme bénigne de cancer plutôt que la tumeur seule. Une étude montrerait que l’ablation de la tumeur seule réduirait le risque de développer ultérieurement une insuffisance rénale.
En Australe les équipes de prélèvement et de transplantation sont entièrement distinctes : ceci écarte le risque de conflits d’intérêts, alors qu’au Japon, c’est la même équipe qui effectue les deux gestes chirurgicaux.
Autre différence et source de vives controverses, alors que Nicol n’a utilisé que des reins présentant des cancers légers, Mannami a transplanté des reins souffrant de néphrose perdant des quantités importantes de protéine. Dans ce dernier cas, la question se pose vraiment de savoir si l’ablation est le meilleur traitement.
Extrait du numéro 2649 du 29 mars 2008 du magazine “New Scientist” p. 12
Traduction de Hervé Bonnavaud





