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Histoire d'une deuxième vie

Sylvie est greffée cœur-poumon

Le premier mois de ma naissance tout allait bien, ma mère me nourrissait au sein. Le deuxième mois, je rejetais tout. Mes parents m'ont emmené chez notre médecin de famille qui nous a tout de suite dirigé vers l'hôpital.
Après plusieurs examens, les médecins ont très vite diagnostiqué une maladie cardiaque.
J'ai passé mon enfance entre l'hôpital et l'école. Les médecins m'avaient interdit tout sport.
En début d'adolescence, j'ai eu une importante scoliose. Après être restée hospitalisé plusieurs mois, plâtrée du bassin au menton, j'ai vécu quatre ans avec un corset.
Mes problèmes cardiaques m'empêchaient de respirer correctement.
A 25 ans, j'ai eu un enfant. J'étais hospitalisée tout le temps de ma grossesse. Aujourd'hui il a 17 ans et il est en parfaite santé.
Et dans les années 90, le Professeur GERARD m'a laissé entendre que dans quelques temps une greffe cœur-poumon serait nécessaire.

En 1996, ma situation s'aggrave. Je suis hospitalisée en urgence, je commence à cyanoser. Je ressors sous oxygène, à garder entre 15 et 18 heures sur 24.
Le Professeur prend sa retraite et transmet mon dossier à un autre cardiologue, le Professeur METRAS, qui décide de faire le bilan pré-greffe et de m'inscrire sur liste d'attente.
Là commence l'attente, je suis toujours sous oxygène. Et puis sept mois et demi après, un soir de février 2000, mon téléphone sonne et on m'annonce qu'il y a des organes pour moi. On me laisse le choix d'y aller ou pas. J'ai pensé à mon donneur, cet homme ou cette femme qui venait de décéder. Je suis allée à l'hôpital avec mon mari. Pendant tout le voyage nous avons peu parlé ; nous pensions très fort à cette personne, à ma vie actuelle et à celle à venir.
A l'hôpital, on m'a fait les derniers examens et puis…pour moi c'est le trou noir. Mon mari m'a expliqué que la greffe à durée 12 heures environ, et que tout s'était bien passé. Peu à peu j'ai repris mes esprits. C'est là que j'ai réalisé le don qui m'a été fait, un nouveau cœur et des poumons. Mes pensées étaient pour le donneur et sa famille. Grâce à cette générosité j'allais à nouveau profiter de la vie.
Après une longue hospitalisation et de nombreux examens, je suis rentrée chez moi. Plus besoin d'oxygène, plus de"fil à la patte" ! J'ai un traitement très lourd, ce qu'on appelle un "anti-rejet" ; je dois prendre ce médicament toutes les 12 heures, ceci à vie. Je suis suivie de très près par l'équipe médicale. Je rencontre le Professeur tous les quatre mois pour ajuster le traitement, et tous les deux ans on me fait une coronarographie et un bilan complet.

Depuis ma greffe je revis. J'ai repris une activité sportive, de l'aquagym, et je fais un peu de marche.
Mais tous les jours, je pense à mon donneur, à sa famille et à l'équipe médicale. Mon donneur est là, avec moi, je le protège. Il m'a été confié une partie de lui-même et maintenant c'est à moi d'y faire attention.

"Merci à toi mon donneur anonyme, pour ce don, ce miracle… Et merci à toute l'équipe du 10ème étage de la Timone".

Sylvie